L’église du Vieux-Pouzauge. Retour Retour
Si pittoresque dans son cadre de cyprès, avec son lourd clocher, ses étroites fenêtres, son dallage de pierres tombales, mais bien délabrée, ses murs verdis, ses voûtes fissurées... fut d'abord un prieuré fondé par les moines de Luçon ou de Saint-Michel en l'Herm. De prieuré Saint-Jean, elle devient prieuré Notre-Dame ensuite église Notre Dame. On est tenté d'en faire un édifice de la première époque romane, et cependant certains détails incitent à la rajeunir quelque peu, ne seraient-ce que sa construction en moellons de moyen appareil impeccablement alignés et ses arcs en tiers-point accentué. On n'a aucune donnée sur le plan primitif du chœur, cependant l'Église primitive apparaît dans les archives entre 1047 et 1118 comme la première église de Pouzauges. Mais il est bien évident que la travée extrême, avec la grande baie ogivale à rainures du chevet et les baies latérales est une construction du XIVe ou XVe siècle. La voûte en berceau est d'une époque antérieure. C'est un édifice en forme de croix latine, le chœur très profond étant fortement incliné vers le Nord. Le transept, au centre du monument, supporte le clocher. Dans les croisillons s'ouvrent les absidioles, simple travée chacune, l'une semi- circulaire, l'autre à chevet droit. La nef est éclairée par de longues baies en lancettes très étroites. Toute la construction (chœur, nef, croisillons, transept) est recouverte de voûtes en berceau brisé. La décoration est sommaire, à peine quelques corbelets aux figures grimaçantes ou quelques chapiteaux ornés de feuillages grossièrement sculptés. Le clocher est une tour carrée dominant hautement l'église de sa double rangée d'arcatures. Les inférieures sont aveugles, mais la rangée supérieure présente dans chacune de ses faces une ouverture cintrée médiane, flanquée de deux plus petites placées à un niveau plus élevé. L'ensemble, suivant les dires de R. Vallette et L. Charbonneau-Lassay, forme un des moins lourds et des mieux proportionnés parmi ces clochers carrés, sobres et sévères comme des donjons, que l'architecture monastique répandit dès le XIe siècle dans tout le Bas-Poitou et qui furent si souvent copiés depuis. Cette église est remarquable aussi par le nombre considérable de pierres tombales (99) qui forment le pavage. Ces dalles proviennent du cimetière qui entourait l'église. Aucune autre église n'en est aussi riche. Taillées et sculptées dans le dur granit du pays, elles ont traversé les siècles, leur relief à peine émoussé par le temps. Les plus anciennes remontent au XIIIe siècle. Certaines ne portent qu'un symbole rappelant la qualité du défunt : bouclier, épée, lance, ou bien calice, missel ouvert, croix plus ou moins ornée, ou encore un simple outil... D'autres, qui sont en général plus récentes et ne remontent guère au-delà du XVIe siècle, sont décorées d'épitaphes ou de blasons. On peut voir aussi un superbe lavabo liturgique d'allure Gothique. Enfin, une découverte assez récente (1948) vient de rehausser encore l'intérêt de cette vénérable église. Classée Monument Historique, cette église est l'un des rares édifices à avoir conservé des traces de polychromies apportant une preuve supplémentaire que cette église, comme toutes les autres églises étaient peintes en polychromie à l'intérieur. Des peintures murales ont été mises à jour dans le mur Nord de la nef, racontant l'histoire de S. Joachim, d'après les Évangiles, Ancien Testament et des textes apocryphes, l'apparition de l'ange, la rencontre d'Anne et de Joachim sous la Porte dorée et la Présentation de Marie au Temple... Une frise sépare ces scènes d'un registre supérieur montrant les travaux des saisons, mai, juin, juillet, août... Il s'agissait d'attirer les fidèles par les images. Elles devaient enseigner les grands préceptes bibliques aux fidèles qui étaient dans l'incapacité de lire en leur rappelant sans cesse leurs devoirs envers l'Église.