De 1430 à 1577. Retour Retour
Mais revenons en cette année 1430 et repartons vers la reconstruction du nouveau "Puy du Fou". Guy II ne le reconduisit pas au même endroit, mais bien 400 mètre plus loin. Pourquoi ? En fonction de la topographie des lieux et des événements de 1421, plusieurs hypothèses (non vérifiées) s'offrent à nous. Reconstruire un château les anglais sont passés laisserait un mauvais souvenir sur l'efficacité de la protection du château. En ce qui concerne l'endroit choisi, il semble que la protection naturelle avec la présence de l'étang était plus adaptée aux techniques de défense et de combat de l'époque. Pour cela, il faut s'imaginer qu'à l'époque l'étang entourait les 3/4 de l'édifice. On peut aussi penser à une meilleure accessibilité de l'endroit par le charroi de l'époque. Concevoir qu'il ait été plus facile et surtout plus rapide de repartir sur un terrain "neutre" et dépourvu de construction pour établir les bases d'un nouvel édifice plus et ce en se servant des pierres de l'ancien château, peut-être une raison valable. Mais aussi, que pour répondre aux attaques de l'ennemi, il fallait avoir une fortification plus imposante et mieux protégée. Ou a-t-il répondu à la requête du Roi Charles VII de constituer une place forte au Puy du Fou. Il est fort à penser qu'il y avait un peu de tout ces éléments, mais il y a eu un de poids qui définira le nouvel endroit, c'est la partie de la taxation. En effet, l'emplacement du Vieux Puy du Fou relevait de la châtellenie de Mortagne. A cette époque le Puy du Fou était une simple seigneurie. Les redevances versées à Mortagne devaient être très élevées. Guy II du Puy du Fou avait se rendre compte que les seigneurs de Mortagne, jaloux de leurs prérogatives, s'opposeraient à une extension des droits honorifiques que pourrait revendiquer le seigneur du Puy du Fou, en raison de l'accroissement de son influence et de l'augmentation de sa fortune. Alors Guy II du Puy du Fou, fort de ses bonnes relations avec son voisin immédiat, le seigneur-châtelain de Rochetemer, en les Herbiers. Sans doute, qu'il lui a promit de prélever sur son nouveau château du Puy du Fou, des redevances moins élevées que celles versées à Mortagne. Le terrain choisit ayant probablement peu d'importance et peu de valeur au vu de sa localisation au bord de l'étang. Ils décidèrent de construire le nouveau château sur une partie de son domaine relevant féodalement et directement de la châtellenie de Rochetemer. Plus tard même le seigneur de la Rochetemer abandonnera à celui du Puy du Fou, la féodalité consistant en huit chapons de cens, qui lui étaient sur le Bourg-Bérart et la Chasse-Levrière. Le nouvel emplacement choisi était plus constructible que celui de l'ancien château, près du croisement de deux chemins importants. De plus, il ne serait plus gêné par la proximité du Bourg-Bérart, en partie en ruine, dont une part importante de la population avait été transférée au bourg des Epesses. L'étang sur le bord duquel fut construit le nouveau château permettait facilement de mettre en eau les fossés qui devaient l'entourer. Il devait être de plan carré, avec donjon et tours aux angles. Ce nouveau château répondra aux buts fixés dans l'autorisation donnée en mars 1432 par le Roi Charles VII. Vers 1453, Guy II du Puy du Fou meurt et son fils Jacques (1405-1488) lui succéda comme seigneur du Puy du Fou. Il sera élevé, dès son plus jeune âge à la cour du roi René d'Anjou (1409-1480) et en 1437, il sera fait grand écuyer. Le 11 février 1434, il épouse une très riche héritière, Isabeau dame des Roches-Baritaud Chateaubriand (1365-1410) , fille unique du Chambellan des rois Charles VI (1380-1422) et Charles VII (1422-1461) , qui lui apporta de nombreux domaines en Bas-Poitou. De cette union, naîtront huit enfants 6 filles et 2 garçons dont François Ier du Puy du Fou (1435-1527) qui héritera de la seigneurie en 1488. Le 15 juillet 1465, Jacques (1405-1488) est aux côtés de Louis XI (1423-1483) à la bataille de Monthléry (16 juillet 1465), contre ses adversaires de la Ligue du Bien Public (Révolte de princes de mars à octobre 1465 contre l'accroissement des pouvoirs du roi de France Louis XI) . François Ier (1435-1527) se maria 2 fois. D'un de ses mariages naîtra François II (1495-1548). Il succédera à son père dans la possession du château et de la seigneurie du Puy du Fou. En 1527, il fit un mariage princier, en épousant Catherine de Laval-Montmorency (1499- 1584) , fille de Jean de Laval (xxxx 1541) , qui lui apporta de nombreux domaines et quarante mille livres en dot. A la tête d'une immense fortune, les jeunes époux firent de fréquents séjours à la Cour de France. C'était l'aube de la Renaissance en France avec ses quatre phases s'étendant de 1495 jusqu'au début du 17 ème siècle. 1 . Le style Louis XII : transition entre Art Gothique et Première Renaissance (1495 à 1525/1530) . 2 . La Première Renaissance (1515 à 1530/1540) . 3 . La Seconde Renaissance : Le Classicisme (1540 à 1559/1564) . 4 . Le Maniérisme (1559/1564 au début du XVIIe siècle) . Les rois de France ramenèrent d'Italie de nombreux architectes et artistes. Peu à peu la noblesse française remplaça ses sombres châteaux féodaux, par des demeures splendides, ouvertes largement sur le soleil. Lorsque la première Renaissance (1515 à 1530/1540) se produit, les populations ont sous les yeux de grands châteaux féodaux récemment achevés ou rénovés. De même les églises sont remises en état. L'entrée de la culture artistique surviendra une quinzaine d'années plus tard. En août 1537, François II du Puy du Fou premier écuyer tranchant du roi François Ier , se rend à la Cour de France pour y recevoir le Collier de l'Ordre de Saint- Michel. Il tomba en admiration devant tant de beautés architecturales. Lorsqu'il regagna le Puy du Fou avec sa jeune épouse, le château construit par son aïeul Guy II, leur sembla bien triste avec ses épaisses murailles, ses étroites fenêtres, le confort était sacrifié à la sécurité. Comme   son vieux château n'était plus digne de sa grande fortune, ils décidèrent de remplacer cette forteresse qui avait à peine plus d'un siècle, par un château au goût du jour et sur les traces de la renaissance (mouvement couvrant la période du XIVème siècle au XVIème siècle), bâti sur le même emplacement en bordure de l'étang. Il fait réalis e r un e œuvre romaine et classique , e n rupture avec le Mo y en Ag e. Pour la transformation du château, c'est l'architecte italien, pilier de l'Ecole de Fontainebleau, Le Primatice (1504-1570) qui dressa les plans en 1539. La structur e du plan et c e ll e de la façad e sur cour répondent à une science a v ancée des proportions , de la géométrie d e l a sc ie nc e des r apports 2 et 1 , e t d 'u n e composition organis é e autour d ' un poin t d a ns l ' a x e (s av o i r l a pil e c e ntral e d e l a loggia ) s el o n un jeu de sym é t r ie/d i ss y métrie , très complex e, d ' une géom é tr i e modulair e, e t ce l ui de l ' inversion. Ce qu i a pp a r aît d an s c ette construct i on , c ' est un p art i p ri s d u maîtr e d ' œuv r e (Fr a nçois II d u P uy -d u- Fou ) e t d u maî t re d ' ou v rag e (l ' arch ite c t e) d an s le s ten da n c e s e t les a l isations d e cette pre m r e R e n ai ssan ce c l a s siqu e. Au Puy-du - Fou , l e c ho ix d e la br i que pour la surfa c e murale e x térieure est une innovation relati v ement peu su ivie dan s la ré gion. Elle permet ta it d 'i ntroduire la couleur et de rendre plus lisible le rapport d u c o n s t ru c t if e t du pa r ement , c 'es t- à -d i re un r apport entre les ordr e s classiques sculpt és d ans le gr anit e t un espace de r epos po r t e ur de lumière. On s'attendrait à la tuile (tig e d e b otte) pour la cou v erture. Or, c ' est de l ' ardois e, qui fut employ ée, comm e l ' établiss e nt de récents docu me nts. A la fin de la rénovation, devait-il ressembler à ce croquis ? Personne ne le sait. On peut se poser la question au vu de la philosophie du mouvement renaissance avec ses châteaux grand ouvert et ses espaces réservés aux jardins. Une autre question se pose loger le personnel de maison et les placer les écuries ? Au Puy du Fou, on ne retrouve pas de sculptures, probablement à cause de la dureté du granit. On retrouve de lourdes imitations qui signalent la fin du moyen-âge et le retour vers des motifs grecs et romains. Mais cette façade, ses péristyles sévères donnent au château un magnifique ensemble. Pour la construction de la grande Loggia, toute la première partie du château construite un siècle plus tôt au bord de l'étang fut démolie. De nouvelles fondations furent bâties sur pilotis en raison des infiltrations provenant de l'étang tout proche. Sur l'arrière, on retrouve une terrasse de 5 mètres de haut surplombant l'étang. Ensuite des magasins à vivres, des celliers. Dès 1540, (date de référence mentionnée par Gabriel du Puy du Fou dans ses mémoires) commence la construction avec le corps du logis (qui fait face à l'entrée) qui s'étend sur 66 mètres de longueur avec de vastes sous-sols (cuisines, cellier, stockage) , un rez-de-chaussée (appartement d'apparat et de réception, la chapelle) et un étage (appartements privés), décorés par des colonnes ioniques et corinthienne comme pour retourner vers l’antiquité. Dans la spacieuse cuisine en sous-sol, deux immenses cheminées, dont l'une pouvait cuire un bœuf entier. La lumière du jour provenait par des fenêtres donnant sur la grande cour et sur la terrasse qui tout le long de l'étang borde le château. On pénétrait dans le rez-de-chaussée par une petite loggia composée de deux arcades de granit en plein cintre. A gauche, le grand salon éclairé par six belles fenêtres à meneaux. L'aspect de ces façades rappelle l'architecture italienne de la Renaissance. Le sous-sol a la sévérité du toscan. Le   rez-de-chaussée dresse ses fines colonnades ioniques et le riche corinthien orne l'étage. Une belle et large corniche, sommée d'élégantes lucarnes à frontons couronnait le tout. Toutes les ouvertures, les colonnades étaient de fin granit de Mortagne, et les murs étaient remplis par un briquetage aux tons roses très décoratifs. La charpente élancée permettait de créer des combles habitables, éclairés par les petites lucarnes en plein cintre à frontons triangulaires. En face de l'entrée, un escalier à vis desservait l'unique étage et les combles. Comme tous les châteaux d'une certaine importance dans la région, la toiture était vraisemblablement composée par des tuiles plates au bout arrondi, dites "tuiles écailles", clouées sur une charpente assez élevée. Ces tuiles étaient fabriquées sur place car chaque domaine avait sa tuilerie, qui travaillait non seulement pour le château, mais pour les multiples métairies du domaine. Le Primatice étant un architecte de goût, il n'aurait pas eu l'idée de coiffer un château de briques roses, par une sombre toiture d'ardoises, matériau d'ailleurs peu employé au-dessous de la Loire. En 1548, le gros œuvre du logis principal est terminé. Le 17 juillet 1548, François II du Puy du Fou est pris de maladie à Saumur et décède. Il ne manque plus que la décoration intérieure dans le logis. Si bien que sa veuve, Catherine de Laval (1499-1584), se contenta de terminer la décoration intérieure et extérieure de ce premier corps de logis. Le 2 novembre 1559, René ler du Puy du Fou (1520-1566) , fils de François II et de Catherine de Laval, épousera Catherine de la Rochefoucauld (1528- 1577), fille du Grand Sénéchal de Guyenne, Gouverneur de Paris et de Jeanne d' Amboise. Ils viendront s'installer au Puy du Fou et continueront l'œuvre de leur père François II et reprennent en main les travaux de décoration et de peinture. En 1566, René Ier meurt assassiné lors d'une partie de chasse, dans de tragiques circonstances, très probablement des suites de la Guerre entre Catholiques et Protestants. Sa veuve continuera, malgré l'insécurité des temps, l'œuvre de reconstruction du Puy du Fou. Inutile de raconter les massacres, les villes et châteaux brûlés, pendant plus d'un quart de siècle, les exactions, les provocations, les actes de folie. Au cours de cette phase destructrice, la pénétration du classicisme se poursuit. La   même année, Catherine de LA ROCHEFOUCAULD entreprend deux nouveaux chantiers, malgré l'insécurité des temps. Elle suivit les plans tracés par Le Primatice (1504-1570). Le premier, c'est un bel escalier monumental (le grand degré) voûté de caissons sculptés, devenant la clé logique de l'édifice et mettant fin aux colimaçons du moyen-âge, facilite l'accès, aussi bien aux sous-sols qu'aux étages supérieurs, additionné d'une grande loggia dont on accède à la somptueuse chapelle, dédié à Marie-Madeleine comme celle du premier château. Le deuxième, c'est l'aile gauche du château. Une immense galerie d'une longueur de 58 mètres édifiée en granit et en briques. Elle n'a pas d'ouverture vers l'extérieur pour se protéger des troubles religieux de l'époque. On y trouve un caveau voûté en maçonnerie. La canalisation directe entre le puits et la cuisine n'étant pas suffisante, on aménage un bassin carré de 2,5 mètres de côté et de 2 mètres de profondeur. En toute saison, il était rempli aux trois quarts d'une eau fraîche et limpide et assurait toutes les demandes. (Une réplique de ce bassin se situe dans le village 18éme). L'escalier tout en granit avec sa rampe incorporée dans les murs est d'un fini véritablement somptueux. Il est précédé d'un péri, supporté par des colonnes de granit d'un seul morceau, autrefois voûté lui aussi en caissons de granit moulurés. Le dessus de la loggia formant le balcon, permet d'accéder à l'étage de la grande galerie qui borde le côté gauche de la cour. Faisant suite à l'escalier donnant directement sur le péri (galerie), on retrouve une chapelle de forme rectangulaire. Le plus bel ornement était un plafond voûté, à caissons sculptés, dont il reste encore la première rangée. Cette voûte était peinte. Le restant s'étant effondré sous l'incendie révolutionnaire. Pour l'éclairer, une baie flamboyante à meneau central. L'autel a disparu vraisemblablement dans les incendies de 1794. Mais on trouva quelques restes du beau pavage de terre cuite à carreaux ornés de motifs en relief, rappelant ceux qui pavaient le transept de l'église de l'abbaye de La Grainetière. Ces carrelages étaient fabriqués au Prieuré de Grammont, en Saint-Prouant. A côté, était une chapelle consacrée à Sainte-Marie Madeleine, comme celle du Vieux Puy du Fou, à la magnifique architecture, éclairée de deux grandes fenêtres à meneaux, avec au milieu un très grand et bel arc surbaissé, la divisant en deux. Dans cette belle salle, deux cheminées monumentales se font face, encadrées de petites niches moulurées. Catherine de La Rochefoucauld ne s'arrêta pas dans sa reconstruction. Entre 1566 et 1569, elle fit bâtir la galerie à arcades de granit, de 58 mètres de long qui borde le côté gauche de la cour. Une chronique mentionnera que c'est : " Une architecture esgale à celle des maisons royalles ... ". Construite en granit et en brique, comme le grand corps de logis, la galerie forme une sorte de cloître ouvert sur le plein air, se composant au rez-de-chaussée de 13 arcades séparées entre elles par des pilastres, 3 de ces arcades sont en partie bouchées par des "portes" en plein cintre permettant d'y accéder par l'extérieur. L'étage qui surmonte cette galerie est éclairé par des fenêtres à meneaux, à l'intérieur de la cour comme à l'extérieur. Une frise courant tout au long de la façade supportait autrefois les blasons des du Puy du Fou et des Familles alliées. Sur le grand corps de logis, des lucarnes éclairaient autrefois des combles, supprimés après un vraisemblable incendie des Guerres du Protestantisme. Et sous cette galerie s'étend un caveau voûté en maçonnerie et non en pierre de taille, comme dans le reste du château. Cette cave est certainement un reste du château du 15e siècle. Dans le fond, nous trouvons un curieux bassin carré de 2 m 50 de côté et d'environ 2 m de profondeur. Une bonde dont la pierre rainée subsiste encore permettait de le vider, l'eau s'écoulant dans un conduit de pierre allant se perdre dans le réseau d'égouts souterrains. Autour de ce bassin, sur trois faces, un siège de pierre fait de débris de corniches moulurées, inemployées dans la construction, entre lesquelles d'autres pierres en forme d'accoudoirs ont été scellées. Ce bassin mystérieux a fait couler beaucoup d'encre, et en vain ! De nombreux archéologues ont cherché sa destination. Certains y ont vu une réserve d'eau pour les cuisines du château. D'autres un rafraîchissoir où était conservé de la glace. D'autres une cuve à vendanges. Pourquoi pas une baignoire collective, comme il en existait beaucoup au Moyen-âge et à la Renaissance. Quelquefois on dressait une table à proximité du bassin, ou bien on servait le repas sur une planche posée près de la baignoire ou dessus, ce qui expliquerait les blocs de granit qui se voient entre la cuve et la banquette de pierre. Mais là encore, ce n'est qu'une supposition. Ces travaux coûtèrent alors vingt mille écus à Catherine de La Rochefoucauld. Les ouvriers qui les exécutèrent démolirent l'ancien château au fur et à mesure de l'avancement des travaux, et il est plus que probable qu'une partie des murs anciens furent intégrés dans la construction de cette galerie. Une autre galerie d'arcades, semblable à celle de gauche devait border le côté droit de la cour. Mais certainement sans la réplique du grand escalier de gauche. Cette aile devait se souder en équerre au mur du château existant. Un auteur écrit que le château commencé en 1540, par François II du Puy du Fou était achevé en 1578. 1577, marque la disparition de Catherine de la Rochefoucauld et en 1578 la fin des travaux sur le site du Puy du Fou.
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